Mirage 2019 : Petite Histoire D’un Grand Succès

Le Mirage 2000D venu de la base aérienne 133 de Nancy-Ochey qui s’est écrasé le 9 janvier en tuant son pilote, Baptiste Chirié, et l’opératrice de ses systèmes d’armes, la lieutenante Audrey Michelon, est un avion d’assaut dérivé du modèle 2000N longtemps chargé des missions de frappe nucléaire. En service depuis 1984 dans une foultitude de versions, cet avion polyvalent a longtemps constitué l’ossature de l’aviation de combat française.

Le Mirage a servi sur tous les théâtres d’opérations, et sa naissance est elle-même une épopée. En effet, ses caractéristiques techniques, notamment sa taille et sa motorisation, doivent moins au hasard ou à des choix opérationnels qu’à la volonté politique farouche d’un décideur opposé à ce que le génial ingénieur Marcel Dassault lui impose ses choix : Valéry Giscard d’Estaing. L’affaire commence en 1974.

Mort du Mirage 4000

Cette année-là, le général Claude Grigaut, chef d’état-major de l’armée de l’air, engage la procédure de renouvellement de la flotte de chasse française. L’exercice est alors régulier et revient tous les dix ans environ. L’avion rêvé par les aviateurs et Dassault réunis est assez précis. C’est un gros biréacteur, capable d’effectuer trois missions : interception, pénétration nucléaire, reconnaissance. Mais pas l’attaque au sol. Le nom de l’ACF (avion de combat futur) est choisi : Mirage 4000. Mais le projet a un défaut : son prix.

Le décès de Georges Pompidou, qui aurait sans doute fait passer le projet, signe son arrêt de mort. Tous les chefs d’état-major se liguent contre lui et Valéry Giscard d’Estaing entérine la mort de cet appareil en Conseil de défense, en décembre 1975. Dassault devra se contenter d’un modèle aux caractéristiques moindres : le Mirage 2000. Bel avion, efficace pour toutes les missions, y compris les plus difficiles comme la pénétration nucléaire, mais avec un seul réacteur.

Avantage de prix

Un avion monoréacteur comme le Mirage 2000 présente plusieurs avantages : il est plus petit et plus léger, sa maintenance est moins chère, sa fiabilité n’est plus un problème. De nombreux avions de combat modernes ont retenu le même principe, y compris des best-sellers comme le F-16 Fighting Falcon ou le plus récent F-35 Lightning II. L’avantage de prix est décisif, et le Mirage 2000 a connu de très beaux succès à l’exportation.

Côté inconvénients, un monoréacteur ne peut plus voler, par définition, si son moteur est hors service (c’est la redondance); sa puissance est moindre, de même que le poids des armements qu’il peut emporter (sa capacité d’emport). À l’inverse, un avion biréacteur peut plus facilement évoluer techniquement et on peut en multiplier les versions.

Longue vie

L’armée de l’air et Dassault ont beau avoir été vaincus sur le Mirage 4000, le Mirage 2000 demeure une réussite exceptionnelle. Vendu à l’Inde, au Brésil, à l’Égypte, aux Émirats arabes unis, au Qatar, à Taïwan, au Pérou et pour finir à la Grèce, il est toujours en service dans l’armée de l’air française, même s’il a récemment perdu sa mission nucléaire, confiée au Rafale.